dimanche 17 janvier 2010

La remise du Prix Artémisia 2010

Le prix Artémisia de la bande dessinée féminine a été remis mardi 12 janvier à Laureline Mattiussi pour son œuvre L’île au Poulailler.

Voici quelques photographies de l’évènement suivies d’une interview de Chantal Montellier, créatrice de l’association, parue dans L’Humanité le 15 janvier.

La remise du chèque de récompense de l’association Artémisia à Laureline Mattiussi, par le mécène Michel-Edouard Leclerc.

Chantal Montellier fait le clown.

Laureline Mattiussi, la lauréate du Prix Artémisia 2010.


Laureline Mattiussi.


CULTURE

Les dessinatrices à l’abordage du prix Artémisia

Pour sa troisième année, le prix Artémisia, qui récompense une jeune dessinatrice, a été décerné à Laureline Mattiussi. À cette occasion, la présidente du jury, Chantal Montellier revient sur la BD au féminin.

Fondatrice et présidente du jury Artémisia qui récompense une dessinatrice, Chantal Montellier est une des pionnières du genre  : dessinatrice, auteure, elle conjugue ses activités créatrices au féminin. Proclamé le 9 janvier, il coïncide avec l’anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.

Lorsqu’on évalue à 10 % le nombre de femmes dans la BD, il reste encore du chemin à parcourir. Pourquoi un prix féminin de la BD  ?

Chantal Montellier :

Parce que la bande dessinée, destinée à tous et très largement diffusée, reste un média dominé par l’imaginaire masculin, qui véhicule des stéréotypes souvent écrasants. Par ailleurs les jurys (surtout les pré-jurys) étant généralement composés des seuls représentants du sexe dit fort, un regard féminin sur la production de bande dessinée nous paraît nécessaire.

Le pouvoir de reconnaître, et non pas seulement de produire, est un enjeu et un symbole des plus importants pour les femmes qui participent à cette aventure. Il était temps que la bande dessinée ait un prix féminin comme la littérature et le cinéma. Ce prix existe aussi grâce à la générosité de Michel-Edouard Leclerc, un mécène passionné et en relation avec de nombreux auteurs.

Quand j’ai démarré dans ce métier, l’un de mes éditeurs (de chez Casterman), me répétait avec insistance que « la BD de femmes ça ne se vendra jamais  ! » alors même que les scores de mes albums étaient tout à fait honorables. Il éliminait quasi systématiquement les projets présentés par des dessinatrices, même des très grandes comme Nicole Claveloux. Ce responsable éditorial n’était hélas pas le seul à réagir ainsi et je crois que beaucoup de talents féminins sont passés à la trappe. Ceci étant, les choses ont tout de même un peu changé côté BD, même si les choix que font les éditeurs peuvent parfois questionner.

En quoi pensez-vous qu’il est nécessaire de faire entendre ces voies/voix de femme  ?

Chantal Montellier :

Certaines auteures consacrées – de préférence politiquement correctes et appartenant aux classes sociales les mieux nanties – servent de prétexte pour « représenter » la bande dessinée féminine, comme Claire Brétécher, malgré elle. J’ai le sentiment que cette ségrégation sociale se fait encore plus sentir quand il s’agit de production artistique au féminin, mais je schématise et durcis peut-être un peu les choses. « Dans une société bourgeoise, l’art et l’artiste se doivent d’être bourgeois », disait –en substance- Pierre Francastel dans son livre “peinture et société”...

Je suis pour une société vraiment mixte et cette mixité passe aussi par les imaginaires et les systèmes de représentations, par les images. Rien ne bougera vraiment si le « ça » de l’inconscient collectif ne bouge pas. Ce n’est pas qu’une affaire de politique. Ou alors de politique de l’imaginaire et du symbolique. Ça ne passera pas par la classe politique telle qu’elle est constituée aujourd’hui, en France ou ailleurs. Certaines idées et pratiques sont vraiment de gauche, mais les images, elles, sont presque toutes de droite, du moins relativement à la problématique qui nous intéresse ici. Bref, je pense sincèrement que l’imaginaire des femmes, côté images, fait encore peur aux différents pouvoirs et qu’il est toujours sous séquestre.

Comment définiriez-vous votre engagement aujourd’hui  ?

Chantal Montellier :

Mon engagement, si c’en est un, mais je dirais plutôt mon combat, est de rouvrir les perspectives, d’élargir les cadres, de redessiner des lignes d’horizon, dans un contexte ou ce n’est guère facile. Les hommes s’admirent volontiers et se gratifient entre eux (et hélas, les femmes ont tendance à les suivre).

Il y a plus, depuis quelques années, de publication d’images BD au féminin mais la majorité raconte trop souvent la même chose  : laquelle a le plus joli nombril, quelles fringues mettre pour être Chébran et « hyper cool »  ? Notre lauréate et son personnage sont des femmes libres, audacieuses et qui naviguent vers de vastes horizons. Elle a immédiatement fait consensus dans le jury.

Entretien réalisé par Lucie Servin

Pour le journal l’Humanité.

dimanche 10 janvier 2010

Invitation à la remise du prix Artémisia 2010

vendredi 18 décembre 2009

13 femmes en lice pour le Prix Artémisia

Thierry Lemaire publie sur Actua BD un article sur l'association Artémisia à l'occasion du déjeuner de presse organisé le 10 décembre. Vous pouvez en retrouver le contenu ci-dessous ou sur le site Actua BD en cliquant ICI.

Le monde encore très majoritairement masculin de la bande dessinée voit depuis quelques années les femmes prendre une place grandissante. Le Prix Artémisia, créé en 2007 à l’initiative de Chantal Montellier, participe à cette évolution en récompensant chaque année une auteure de BD.

La semaine dernière, les jurés ont dévoilé les sélectionnées en lice pour l’édition 2010.


Après Johanna Schipper pour Nos âmes sauvages et Tanxxx & Lisa Mandel pour Esthétique et Filatures, les jurés du prix Artémisia ont levé le voile sur les nominées de l’édition 2010.

Une sélection où Delcourt et Futuropolis se taillent la part du lion. Des têtes d’affiche comme Claire Bretécher, Camille Jourdy (déjà récompensée cette année par le prix RTL), Aude Picault, Chloé Cruchaudet, Aurelia Aurita, et des dessinatrices moins connues composent une liste plus étoffée que les précédentes années.

Rendez-vous le 9 janvier, jour anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, pour la révélation de la lauréate.

La liste complète :
* L’île au poulailler de Laureline Mattiussi (Treize Etrange)
* Transat de Aude Picault (Delcourt)
* La ballade de Hambone de Leila Marzocchi et Igort (Futuropolis)
* La jeune fille et le nègre 2 de Judith Vanistendael (Actes sud)
* Agrippine de Claire Bretécher (Dargaud)
* Ida de Chloé Cruchaudet (Delcourt)
* Tout peut arriver d’Anna Sommer (Buchet-Chastel)
* Rosalie Blum de Camille Jourdy (Actes Sud)
* A l’ombre des murs de Arnaud Le Roux et Marion Laurent (Futuropolis)
* Moi vivant, vous n’aurez jamais de pause... de Leslie Plée (Gawsewitch éditeur)
* Buzz-moi de Aurélia Aurita (Les Impressions nouvelles)
* Amato de Aude Samama et Denis Lapière (Futuropolis)
* Vacance de Cati Baur (Delcourt)

Cette manifestation nous a permis également de converser avec Chantal Montellier, partagée entre son agacement sur l’évolution de la BD féminine actuelle et son envie de relancer, 30 ans après, le journal de ses rêves :

Pour vous, quelle serait l’ambition de ce Prix Artemisia ?

Un regard de femmes sur la production BD. Se donner les moyens de voir ce qui se passe, d’en parler, d’en juger. Et aussi de valoriser et éclairer certains albums faits par des femmes. Pour ce qui me concerne, j’ai démarré dans le dessin narratif vers 1973 et j’ai pu constater que souvent les jurys étaient et sont toujours constitués essentiellement de représentants du sexe masculin qui se cooptent. Notamment les pré-jurys. Avec ce Prix, on veut à la fois sortir de cette logique et se donner à soi-même la reconnaissance qu’on nous refuse. Je crois que ça rencontre pas mal de sympathie.

En présentant la sélection, vous avez parlé d’un recul par rapport aux années du féminisme. Pouvez-vous nous en dire plus ?

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Chantal Montellier

J’ai constaté, depuis la création du Prix Artemisia, à travers les albums que les éditeurs nous envoient et ceux que nous nous procurons nous mêmes, qu’il y a beaucoup d’histoires à la première personne, ceci de manière quasi exclusive. « Moi je, moi je, moi je ». Je pense que cette présence du « moi je » a été moins forte à certaines autres époques. Le « moi je » est important, sinon il ne se passe rien, mais qu’il y ait une espèce de resserrement là-dessus n’est pas nécessairement très bon signe il me semble.
Dans les journaux que j’ai connus et pour lesquels j’ai produit à une certaine époque, comme le défunt Ah ! Nana [1] , je me souviens, par exemple, des récits de Nicole Claveloux qui revisitaient les contes de fée sur un mode ironique, grinçant et ludique à la fois. Trina Robbins, une Américaine, racontait les aventures d’une ouvrière d’usine. Personnellement j’allais “gratter” du côté des bavures policières...

Le monde qui nous entoure, la société, les luttes de sexe et de classe, tout ça me semble passer un peu au second plan au profit, par exemple, des rapports mère-fille ou du cercle familial... C’est un peu comme si un esprit malin avait repoussé les femmes vers l’intime. Pourquoi pas, si l’intime reste un peu inquiet de ce qui se passe autour. Je crois que c’est important de confronter l’intime au monde. Pour moi, c’est incontournable pour développer un propos intéressant.

L’intime a vite fait de tomber dans le nombrilisme.

Voilà. Les imaginaires, notamment ceux des femmes, me paraissent trop limités par cette espèce de « ceinture de contrition » qu’est l’intime. Je crois que c’est un miroir très réducteur, même si l’intime peut parfois ouvrir sur des choses passionnantes. À dire vrai, j’ai l’impression qu’une majorité des auteures publiées ont un peu le nez dans leurs chaussures. En se demandant « quelles chaussures mettre ? », plutôt que « quelle ville on va voir et dans quelle ville on va marcher avec ces chaussures ? ».

Et par rapport à il y a 30 ans ?

Il me semble que le niveau de conscience n’était pas tout à fait le même. On problématisait peut–être un peu plus les choses. On avait un regard plus politisé, osons le mot. On mêlait peut-être plus l’intime au politique. Politique au sens large.

Finalement, est-ce que ce prix ne peut pas devenir une sorte d’observatoire de la BD féminine ?

C’est un des buts. La bande dessinée féminine est peu commentée en tant que telle, peu analysée bien qu’elle soit à la fois un miroir de la société actuelle et un... symptôme. Il y a tout de même quelques travaux de recherche, de réflexion... des choses qui s’écrivent. Dernièrement une étudiante toulousaine, Florie Boy, m’a sollicitée pour son master « Cultures de l’écrit et de l’image » ; elle y compare l’itinéraire de trois auteures de bandes dessinées, Claire Bretécher, Marjane Satrapi et moi-même. Je viens de lire son texte, c’est très intéressant et elle m’a appris pas mal de choses. Mais ce genre de démarche est hélas trop rare. Si on crée un groupe de réflexion, un “observatoire” comme vous dites, ce sont des choses dont on peut s’emparer, mettre en discussion.

Et vous n’avez pas le projet de créer une revue pour porter cette réflexion ?

Mon rêve serait de donner une autre chance à ce journal pour lequel je me suis battue : Ah ! Nana. Sous une autre forme. Peut-être une forme mixte avec un espace de création et un espace de réflexion. Je suis persuadée qu’il y a quelque chose à repenser et à recréer. Mais l’époque est difficile et les moyens manquent.


[1] Revue publiée entre 1976 et 1978 par les Humanoïdes Associés, réalisée par des femmes, pour un public féminin. Après neuf numéros sur des thèmes comme « la mode démodée », « l’homme », « le sexe et les petites filles » ou « l’inceste », la revue est censurée pour pornographie et doit s’arrêter.

(par Thierry Lemaire)

Thierry Groensteen : "Les auteurs femmes sont très fréquemment réorientées vers l’illustration jeunesse"

Thierry Lemaire publie sur Actua BD une interview de Thierry Groensteen que nous retranscrivons ci-dessous. Vous pouvez en retrouver l'intégralité sur le site Actua BD en cliquant ICI.

À l’occasion de l’annonce de la sélection du Prix Artémisia 2010, Thierry Groensteen, éditeur, essayiste et membre du jury, discute avec nous du parti-pris de cette manifestation et de la place des auteurs femmes dans la bande dessinée.

Le jury du Prix Artémisia (sept femmes et quatre hommes) est-il partagé entre vision féminine et masculine de la bande dessinée ?

Ce clivage là n’est pas apparu jusqu’ici. Il y a des clivages entre nous mais qui ne sont pas liés au sexe des jurés. Ce sont des sensibilités différentes. Par exemple, Yves Frémion qui est un des piliers de Fluide Glacial a tendance à mettre en avant des albums d’humour. Chacun vient avec sa sensibilité. Et ce qui est bien c’est qu’on offre une belle palette d’histoires personnelles et de rapport à la bande dessinée.

Les femmes ne sont pas plus sensibles à certains thèmes que les hommes ?

Les femmes auront peut-être plus tendance à s’identifier à certains personnages. Si on prend Vacance de Cati Baur par exemple, c’est un album qui est plus particulièrement défendu par les femmes. Parce qu’elles se sont reconnues, dans une certaine mesure, dans le malaise de ce personnage féminin que l’on suit de la première à la dernière page. Là, ça peut jouer en effet.

Peut-on dire qu’il y a des thèmes spécifiquement féminins ?

Ce qui caractérise pas mal de dessinatrices, c’est de ne pas avoir une culture bande dessinée aussi prégnante que leurs collègues masculins. Elles n’ont pas forcément été dans leur enfance ou leur adolescence des lectrices compulsives de bande dessinée. En général, elles ont des références peut-être plus larges. Et donc elles sont moins prisonnières du canon des genres. On les verra moins faire du polar, de la science-fiction ou du western. Parce que ce système des genres hérité de la littérature populaire, sur lequel vit une grande partie de la bande dessinée de grande consommation, leur est plus étranger.
Donc elles ont tendance à avoir des sujets plus originaux, qui sont moins réductibles à un genre particulier. De ce point de vue, ce sont des œuvres de romancières. Mais dans la sélection, on constate qu’il y a un grand éclectisme dans les sujets, la façon de les traiter. Heureusement, parce que sinon j’avoue que ça ne m’intéresserait pas beaucoup. Il n’y a pas uniformité de la bande dessinée féminine et en aucun cas nous ne voulons promouvoir un a priori de ce que devrait être la bande dessinée féminine.

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Le jury du Prix Artémisia (presque au complet) : T. Groensteen, M. Huet, C. Montellier, L. Sztajn, V. de Saint-Do, Y. Frémion, C. Schilling, M. Hyman.

Lors de la présentation de la sélection du Prix Artémisia, Chantal Montellier a parlé d’un recul par rapport aux années du féminisme. Quelle est votre analyse ?

Il y a une tendance très importante dans la bande dessinée de femme aujourd’hui, et qui est relayée par les blogs (Pénélope Bagieu, Margot Motin, Laurel, etc) c’est ce côté littérature girly ou comme disent les anglosaxons « chick literature », qui a tendance à s’intéresser surtout à la vie quotidienne et aux problèmes plus ou moins existentiels de jeunes femmes célibattantes, avec des petits amis de passage, un patron peu compréhensif, et puis des questionnements tels que « comment rester jeune, belle et mince ? », etc.
Ce serait assez facile de vouloir réduire la bande dessinée féminine à ça. Et ce n’est pas vraiment ce qu’on a envie de promouvoir au premier chef. Il y a des filles qui font ça avec talent. Et manifestement, il y a un lectorat féminin qui se reconnaît dans ce type de production. Je pense que c’est un peu une réduction par rapport à cette conquête d’espace d’expression que les dessinatrices ont eu à mener dans les années 70-80. Réduire la femme à la sphère du quotidien et des choses futiles est une régression. Je ne sais pas si les dessinatrices qui font ça en sont conscientes, mais de fait, elles ont quand même tendance à ancrer la femme dans une certaine image. Et qui n’est pas capable de faire œuvre, de transcender son quotidien. Nous avons plutôt tendance à favoriser d’autres types de démarches.

Donc finalement, le Prix Artemisia est un peu un Prix de combat.

Peut-être pas de combat, mais il y a certainement une démarche militante, parce qu’on veut attirer l’attention sur la création au féminin qui est très minoritaire. Ça bouge beaucoup depuis quelques années. Quand je me suis installé comme éditeur en 2002, j’ai créé la collection "Traits féminins", avec la volonté justement de promouvoir un espace de création pour les femmes. Il y avait 6,5% de femmes dans la profession et sept ans plus tard, on est passé à 10,5%. Ça progresse très vite en ce moment. Mais ça reste quand même très inférieur comme proportion à ce qu’on trouve en littérature ou dans le livre de jeunesse par exemple. Il s’agit donc, d’une part, de témoigner que la BD au féminin existe et d’autre part, de compenser le déficit de médiatisation précisément parce que leur production ne correspond pas au stéréotype dominant de la bande dessinée tel qu’on l’entend habituellement.

Quelle est la responsabilité des éditeurs dans cette situation ?

J’avais créé la collection "Traits féminins" parce que j’avais rencontré Anne Herbauts, dessinatrice belge, qui publie des albums pour enfants chez Casterman. Elle en a une vingtaine à son actif et elle est traduite dans de nombreuses langues. Elle a beaucoup de succès et à côté de ça, elle a toujours eu le désir de faire de la bande dessinée. Elle avait dans ses tiroirs quand nous avons fait connaissance un album prêt à être publié pour lequel elle n’avait pas trouvé d’éditeur. Casterman, chez qui elle avait du succès et qui est par ailleurs un grand éditeur de bande dessinée, n’a jamais voulu publier ses projets. « Continue à faire ce que tu sais faire, ce pour quoi on te connaît ». C’est typique.
Du coup, je suis devenu par chance, mais aussi par défaut, son éditeur. J’ai fait trois albums avec elle. Casterman aurait dû les faire normalement, mais ils n’ont pas voulu car ils la considéraient comme une illustratrice jeunesse. Ce qu’elle amenait en bande dessinée était trop éloigné de la production dominante, y compris chez Casterman. On dit souvent aux femmes « c’est bien, mais c’est trop illustratif, ou trop mièvre, ou trop ceci ». On les réoriente très fréquemment vers l’illustration jeunesse. Ou alors elles deviennent illustratrices dans des studios d’animation. Et finalement, je pense que c’est encore plus difficile aujourd’hui pour elles d’affirmer leur singularité en tant qu’auteures à part entière dans le champ de la bande dessinée.

On constate toutefois depuis quelques années, comme vous l’avez précisé, une augmentation de la présence des femmes dans la BD. Y a-t-il eu un élément déclencheur ?

Aujourd’hui, la bande dessinée de femme a le vent en poupe. On sent bien que le vent souffle dans notre direction. Nous sommes pas seuls. On participe d’une évolution de la bande dessinée et c’est tant mieux. Ça tient à mon avis en partie au phénomène manga, puisqu’il y a le shojo manga qui est une bande dessinée généralement faite par des femmes pour des filles. Le manga a montré par l’exemple que la bande dessinée au féminin existait. Ça tient également au développement de l’autobiographie dans toutes ses variantes comme genre au sein de la bande dessinée. Cela favorise l’expression des femmes. C’est d’ailleurs probablement le genre dans lequel le plus de femmes sont faites remarquées au tout premier plan. Marjane Satrapi, Alison Bechdel, Dominique Goblet, Julie Doucet sont des noms qui viennent immédiatement à l’esprit quand on pense autobiographie en bande dessinée. Ce phénomène étant relayé par celui des blogs. Tout ça crée un environnement favorable. Ce qu’il faut à mon avis, c’est éviter que dans la production française il y ait cette sorte de clivage qui existe au Japon où finalement les femmes produisent pour les femmes et les hommes pour les hommes. Nous sommes dans une civilisation qui promeut plutôt la transversalité, l’égalité, et ce qui nous intéresse, c’est que les femmes puissent s’adresser à tout le monde.

(par Thierry Lemaire)

vendredi 11 décembre 2009

Déjeuner de presse de l'association Artémisia

De gauche à droite : Martine Huet, Thierry Groensteen, Chantal Montellier, Lili Sztajn, Valérie de Saint-Do, Yves Frémion, Carole Schilling, Miles Hyman.

En ouverture du déjeuner de presse qui s’est tenu le 10 décembre en présence du jury d’Artémisia, la créatrice de l’association "pour la promotion de la bande dessinée féminine", Chantal Montellier, en rappelle le projet et les missions :

" “J’ai fait un rêve”, moi aussi. J’ai rêvé d’une mixité des genres, notamment dans le domaine des images, quelles soient ou non narratives, de cinéma ou de bande dessinées.

Le cinéma, notre hôte Jean-Michel Arnold, (voir Wikipédia), sait bien que ce n’est pas un art qui se conjugue facilement au féminin, et qu’il faut chercher longtemps dans l’histoire du genre avant de trouver des noms de femmes de la taille de ceux de Méliès, Eisenstein, Félini, Bunuel, Georges Lucas...

C’est la décennie d’après 68 qui a amorcé un processus de féminisation dans le mode de la création visuelle. C’est elle qui a eu le mérite d’apporter quelques alternatives à la représentation dominante des sexes et des rapports de sexe, à l’écran et ailleurs. C’est cette décennie qui a permis de donner une voix à des personnages féminins différents des traditionnelles maman, vamp et putain.

C’est seulement après 68 que certains noms de femmes ont commencé à émerger. Un cinéma lié a ce qu’on appellera dans les années 70 « le cinéma des femmes ». Des noms apparaissent alors, qui illustrent chacun à leur manière une nouvelle façon de “tourner” : Agnès Varda, Coline Serreau, Nelly Kaplan, et plus tard Sophia Coppola, Jane Campion...

Par rapport à ce mouvement, la “bd des femmes”, elle, reste à faire, même si les années 70 l’ont aidée à apparaître et à s’affirmer. La revue “Ah ! Nana” publiée par les Humanoïdes associés y a contribué, mais elle tomba sous les coups de la censure au 9e numéro, pour une pornographie qu’elle ne contenait pas. La perte de ce support condamna certaines dessinatrices à retourner à la bd pour enfant, territoire assigné aux femmes. Cependant, quelques noms de bédéastes ont réussi à émerger, comme ceux de Claire Brétécher, Nicole Claveloux ou Annie Goetzinger...(et aussi le mien).

Aujourd’hui en France, si des talents féminins apparaissent chaque jour dans le 9e art, ils sont hélas trop souvent prisonniers des représentations dominantes, comme on a pu, pendant trois ans, en faire le constat au sein d’Artémisia. Cela nous semble être un recul par rapport aux années du féminisme.

A l’heure ou nous sommes, l’imaginaire et les images des femmes semblent être toujours à libérer, toujours à connaître et reconnaître, toujours à intégrer, et nous y travaillons.

Il nous semble que l’émancipation des femmes passe par la libération de leur imaginaire, y compris dans les arts narratifs. Certes cela ne va pas sans risque puisque, comme l’écrivait si bien la trop obscure Marie Bashkirtseff, peintre et dessinatrice géniale, doublée d’un excellent écrivain, mais morte trop jeune hélas : “La femme qui s’émancipe ainsi (par la création artistique), surtout si elle est jeune et jolie, devient immédiatement une créature singulière, remarquée, blâmée, toquée, et, par conséquent, encore moins libre qu’en ne choquant pas les usages idiots de la société.”

C’est contre ces “usages idiots”, qui ne cessent pourtant de se reproduire, que veut se battre Artémisia, placée sous le double patronage de l’artiste caravagesque Artémisia Gentileschi et de la déesse des femmes, Artémis, qui veille avec arcs et flèches sur les zones de passage et nous l’espérons, sur celle-ci."

Pour Artémisia

Chantal Montellier

Chantal Montellier et Thierry Groensteen.

De gauche à droite : Martine Huet, Thierry Groensteen, Chantal Montellier, Lili Sztajn, Valérie de Saint-Do, Yves Frémion, Carole Schilling, Miles Hyman.

De gauche à droite : Thierry Groensteen, Martine Huet, Chantal Montellier, Lili Sztajn, Valérie de Saint-Do, Yves Frémion, Carole Schilling, Miles Hyman.

Sur la photo, Jean-Pierre Dionnet, éditeur de bande dessinée (avec les bras croisés), et Michel-Edouard Leclerc, mécène de l’association (avec une chemise bleue).

Chantal Montellier.

lundi 7 décembre 2009

Séance de dédicaces avec Chantal Montellier

La Librairie Goscinny vous invite à rencontrer Chantal Montellier pour une séance de dédicaces, jeudi 10 décembre, à partir de 18h :

"Le Procès de Kafka, adapté par David Mairowitz et dessiné par Chantal Montellier, est enfin disponible en français (éd. Actes Sud BD).

Il fallait tout le talent et la personnalité de Chantal Montellier pour mettre en images ce chef d’oeuvre de la littérature contemporaine. Et ses images sont de celles que l’on n’oublie pas !"

Librairie Goscinny :

5 bis rue René Goscinny, 75013 Paris

Métro/RER Bibliothèque Mitterrand

Renseignements : 06 10 82 65 18

lundi 16 novembre 2009

Rencontres avec Marguerite Abouet

Ci-dessous les dates de dédicaces du dernier tome d'Aya de Yopougon. Vous êtes attendus!

NOVEMBRE

Le 27 : Salon du livre de Montreuil (en soirée)
Le 28 : Librairie Kléber - Strasbourg

DECEMBRE

Le 5 : Bibliothèque Couronnes - Paris 75019
Le 9 à 18h : Fnac Montparnasse - Paris 75006
Le 12 : Librairie des Batignolles - Paris 75017

JANVIER 2010

Le 9 : Librairie Millepages BD - Vincennes
Les 30 et 31 : Festival d'Angoulême

MARS

Le 27 : Salon du livre de Vernon
Le 28 : Salon du livre de Paris

D'autres dates à venir !